Grand Raid des Pyrénées – Vielle Aure (65) – 21 et 22 août 2026
Énorme performance pour notre ultra-traileur Jean-Christophe sur le mythique GRP. Il boucle les 175 kilomètres (et 11500 mètres de D+) en 31h27 et prend la 27ème place (717 coureurs au départ).
Son compte-rendu détaillé :
Vendredi 21 août 2026 – Vielle-Aure
Trois jours avant le départ de la course, nous arrivons dans les Pyrénées. L’objectif est de prendre tranquillement mes marques avant ce qui m’attend : 175 kilomètres et 11 500 mètres de dénivelé positif. À notre arrivée, petite visite de Saint-Lary-Soulan. Deux jours avant la course, je pars avec mon frère Bertrand pour une petite randonnée au-dessus du Plat d’Adet, en direction du Néouvielle. Une manière de remettre tranquillement les jambes en route et de profiter du décor sous un superbe soleil ! La veille, retrait du dossard le matin. La course devient concrète. Une petite appréhension tout de même avant le départ : une raideur au talon droit. Rien d’alarmant, mais suffisamment pour me faire réfléchir.
5 heures : le départ
Le départ est donné à Vielle-Aure, dans le brouillard. Nous partons tranquillement vers le Plat d’Adet. Une première montée effectuée en environ une heure, quasiment entièrement dans les nuages. Je ne cherche pas à m’emballer. La course est longue, très longue. La montée continue avec quelques replats, mais aussi quelques passages avec de forts pourcentages jusqu’au col de Portet. Je bascule vers le premier ravitaillement, à Merlans, après un peu plus de deux heures de course (42ème place). Les sensations sont bonnes. Première soupe. Le jour commence à se lever.
Merlans – La Mongie : Premiers doutes
La partie vers la Mongie paraît relativement facile sur le papier, mais le terrain réserve quelques surprises. Beaucoup de cailloux dans le secteur du Néouvielle. Et surtout, ils sont glissants. Je fais vraiment attention. J’ai encore cette petite appréhension liée au talon. Le brouillard est toujours là et, progressivement, la douleur au talon droit commence à se réveiller. Ce n’est pas franchement douloureux, mais suffisamment présent pour que je reste prudent dans les passages techniques. À La Mongie, premier ravitaillement avec Bertrand.
Il me donne quelques affaires à manger pour la longue section qui arrive. Contrôle du sac à l’intérieur du ravitaillement, soupe, un peu de jambon… Et c’est reparti. Direction le Pic du Midi de Bigorre.
Le Pic du Midi
La première partie de la montée est magnifique et très sauvage jusqu’au col de Sencours. Puis viennent les derniers 500 mètres de dénivelé positif en aller-retour, sur un chemin beaucoup plus large. J’en profite pour remettre du rythme. Je croise les coureurs qui sont devant moi en train de redescendre. Eux me voient monter. Puis quelques minutes plus tard, c’est l’inverse. C’est assez particulier comme sensation. Je gagne quelques places dans cette montée. En haut, il ne fait vraiment pas chaud. Le brouillard rend encore l’ambiance assez irréelle. Sébastien, une connaissance normande, est quelques minutes derrière moi. Dans la descente, peu avant Sencours, je retrouve Bertrand. Il a mis plus de temps que prévu pour monter à pied depuis le col du Tourmalet. On prend cinq minutes pour discuter. Ça fait énormément de bien.
L’Hôtellerie du Sencours
Le ravitaillement est fantastique. Un magnifique bâtiment en pierre, de la soupe, du jambon et surtout une purée délicieuse. Ça réchauffe. Bertrand court quelques minutes avec moi au début de la descente. Nous nous retrouverons plus tard, à la première base de vie de Pierrefitte.
La section suivante paraît longue sur le papier. Trois petits cols, trois descentes, puis direction Hautacam. Je me sens toujours bien. Le terrain est parfois raide mais beaucoup moins caillouteux que dans le Néouvielle. Et surtout… toujours pas de visibilité.
À Hautacam, il reste encore environ 12 kilomètres de descente avant la base de vie. Je suis quasiment seul toute cette portion.
Pierrefitte – 11 h 26 de course
J’arrive enfin à la première base de vie. 11 h 26 de course (33ème position). Je suis plutôt satisfait. Mais le talon droit m’inquiète toujours un peu. Je décide de ne prendre aucun risque et de passer voir le kiné. Massage de la voûte plantaire, petit check-up… Tout semble correct.
Je prends le temps de me changer, de manger et surtout de discuter avec Bertrand. Deuxième contrôle du sac. Au total, je reste 26 minutes à la base de vie ce qui comparativement à mon classement très long. Je repars avec Sébastien. Mais lui s’est arrêté très peu de temps. De mon côté, après cette vraie pause, j’ai retrouvé de l’énergie. Dans la montée suivante, je le distance assez rapidement. Les sensations sont toujours bonnes.
Vers Estaing
Montée assez sauvage avec beaucoup de passages dans les bruyères ou hors trace au milieu des vaches. La descente vers Estaing se passe bien. Puis arrive cette longue partie jusqu’au lac. Je pensais trouver quelque chose d’assez plat. Erreur ! On se croirait en Suisse Normande. Des montées, des descentes, du relief… J’ai même rangé mes bâtons à ce moment-là. Petite erreur.
Et puis, nouvelle bonne surprise : Bertrand est là. Je suis alors 24ème, avant la nuit. Ça fait énormément de bien de le retrouver. Le ravitaillement extérieur est vraiment sympa. Avec le recul, je pense cependant avoir fait une erreur à ce moment-là : je n’ai pas suffisamment mangé. Pas volontairement. Simplement, je n’ai pas assez rempli le réservoir. Et la suite va me le rappeler…
La nuit – Ilhéou
Je repars avec la frontale. Direction le col d’Ilhéou. Je gère correctement la montée mais commence à peiner sur la fin. Puis arrive la descente vers le refuge. Terrain technique. Et là… Gros coup de moins bien. Sébastien me repasse. J’essaie de m’accrocher mais impossible. Il m’encourage, mais je n’arrive pas à suivre. Au point d’eau, je dis au bénévole que je suis dans le dur. Il me propose alors un Coca (non prévu par la course). Quel bonheur ! Je termine ma compote et j’espère que ça va revenir. Parce qu’il fait nuit que depuis une bonne heure. Et il reste encore énormément de kilomètres. La longue descente vers Cauterets est compliquée techniquement et je suis assez faible pour ne rien arranger !
Cauterets : le coup de moins bien
À Cauterets, je demande si je peux m’allonger. Bertrand me dit qu’il n’y a pas vraiment de possibilité. Je reste quand même une bonne dizaine de minutes. Je mange du riz au lait, afin de changer un peu. J’espère que cela va relancer la machine. Puis il faut repartir.
Une longue montée vers Béderet. Le début dans la sortie du village est pentu, puis le terrain devient plus roulant. Et progressivement… les sensations reviennent. Je retrouve mon rythme. Ravitaillement rapide à Béderet. Puis direction Luz. Mes quadriceps commencent toutefois à m’inquiéter. Ils sont anormalement contracturés. Pour la première fois, je prends mes bâtons pour descendre. Et finalement… je ne les lâcherai plus jusqu’à l’arrivée.
Luz – 3h30 du matin
J’arrive à la deuxième base de vie vers 3 h 30. Il y a beaucoup plus de monde puisque cette base est commune avec le 120 km. Je suis alors 25ème. Étonnamment, j’ai moins sommeil qu’à Cauterets. Mais les quadriceps sont toujours très chargés. Je dois également compenser en descente pour préserver mon talon. Je retourne voir le kiné. Dix minutes de massage : quadriceps et aponévrose. J’essaie même de fermer les yeux quelques instants. Ça me permet de me relâcher. Après 25 minutes à la base de vie, je repars. Petite course dans les rues de Luz.
La nuit étoilée
La prochaine section fait 12,5 kilomètres avec environ 1 000 mètres de D+. Elle n’est finalement pas trop compliquée. Nous traversons plusieurs petits villages, dans la nuit. L’ambiance est magnifique. Et surtout… la nuit est enfin étoilée. Après cette longue journée dans le brouillard, cela fait du bien. Ça donne l’impression que la journée qui arrive va être belle. À Tournaboup, je m’arrête environ dix minutes avec Bertrand. Puis nous repartons vers les cailloux du Néouvielle.
Hourquette Néré : le terrain se complique
Bertrand m’accompagne pendant une trentaine de minutes. Il parle, m’encourage. Ça fait passer le temps et ça me motive énormément malgré la fatigue. Puis les cailloux commencent vraiment. Le rythme ralentit. Je pense pourtant que l’allure reste encore correcte. Nous arrivons au dernier vrai col : Hourquette Néré. Et là… C’est superbe. La vue sur les lacs depuis le sommet est splendide. Mais il faut redescendre. Et c’est là que ça se complique. Les pierres, les ruisseaux à traverser, le dénivelé négatif… Tout devient douloureux. La fatigue amplifie l’appréhension liée au talon. Le combo est mauvais. Je perds du temps. Quelques coureurs du relais et du 160 km me dépassent. Évidemment, je me demande comment ils peuvent aller aussi vite dans cette descente. Mais j’essaie de ne pas me frustrer. Je reste centré sur mes possibilités du moment. La descente me paraît interminable. On aperçoit le lac d’Oule. Il symbolise la fin de la descente. Mais il semble mettre une éternité à se rapprocher. Enfin, j’arrive au lac. Et bonne nouvelle : il faut maintenant remonter. Je préfère largement ça aujourd’hui !
Merlans – Portet … et l’arrivée
Au ravitaillement de Merlans : Coca. Pas le temps de traîner. Il faut remonter le col de Portet.
Je le franchis. Et là, je sais qu’il reste essentiellement la dernière descente de 12 kilomètres.
Quelques passages très raides. Les quadriceps sont en feu. Mais finalement, je gère plutôt bien cette dernière descente. Puis arrive Viognec. Dernier défi que je me fixe : passer sous les 31 h 30. Il restait deux kilomètres de plat à Viognec. Après 173 kilomètres de course, je trouve encore les ressources pour accélérer et tenir environ 12 km/h sur cette dernière portion. Puis Bertrand apparaît avec le drapeau normand.
Je franchis l’arche en 31 h 27. 27ème du Grand Raid des Pyrénées.
Le soulagement est immense. Mais c’est surtout la fierté qui domine. Celle d’avoir réussi à aller au bout malgré les doutes du départ, le talon, les heures de brouillard, la fatigue musculaire, le gros coup de moins bien dans la nuit et ces interminables descentes techniques du Néouvielle.
Cette course aura été une vraie bataille avec moi-même. Il a fallu accepter de ralentir quand le corps l’imposait, ne pas se frustrer lorsque certains me doublaient et continuer à avancer, section après section.
Et derrière cette arrivée, il y a aussi une énorme reconnaissance envers Bertrand, mon frère. Son assistance aura été précieuse du premier au dernier kilomètre : les ravitaillements, les encouragements, les kilomètres partagés, les discussions quand la fatigue devenait pesante
Une aventure exceptionnelle, et une ligne d’arrivée que je ne suis pas près d’oublier.






